La modestie en marche
Mes deux nouveaux vacanciers venant de Belgique étaient arrivés à deux et deux jours plus tard, Johan repartait seul, sans Lucia.
Bien des choses peuvent se passer en deux jours, mais j'étais loin d'imaginer que ces lieux seraient un jour le théâtre d'une telle histoire.
J'avais envisagé Creusoé comme un havre de paix, où l'on aimerait se poser.
Lucia ne l'entendait pas ainsi et me l'avait clairement fait savoir à son arrivée, et rien ne pouvait la retenir.
Le gîte pour lequel elle avait dit le plus grand bien à l'issue de sa visite, ne pu retenir que sa seule attention, elle était déterminée, demain, elle s'en irait alors que Johan resterait.
Lorsque tous deux me révèlerent l'objet de leur venue: l'Audax Aubusson / Puy-de-Sancy; une marche de cent kilomètres reliant ces deux points nécessitant vingt heures de marche non stop, je dû leur faire répéter, plusieurs fois avant d'avoir la certitude d'avoir bien compris.
Alors que je tentais de faire réaliser à Lucia la singularité de la chose et lui faire prendre conscience de la difficulté, elle me répondit du ton le plus simple:
-"Ah mais je suis entraînée, j'ai l'habitude."
Ce n'est que forcée après avoir lu l'inquiétude sur mon visage, trahissant sans doute mon impossibilité à imaginer l'exploit par ce temps de canicule qu'elle m'avoua, comme pour me rassurer, avoir été numéro un de la discipline en Belgique.
Depuis des années il en était ainsi.
Après avoir défié les Audax d'Europe et d'ailleurs, ils jetaient pour l'heure leur dévolu sur Aubusson et choisissaient Creusoé comme campement de base.
Bien que professionnel de la chose, Johan m'avoua plus tard, alors qu'il était resté à Creusoé pendant que Lucia avalait les kilomètres, qu'un problème d'inflammation au dessous du genoux l'empêchait de tenir la cadence de Lucia sur cette épreuve.
Une fois Lucia partie, jusqu'au petit matin, je pris régulièrement des ses nouvelles auprès de Johan qui restait en contact permanent.

Le soir, je le sentis préoccupé alors qu'elle passait les trente deux kilomètres de l'épreuve, elle avait "un coup de mou", me disait-il!
Alors que je m'endormais, j'eu une pensée pour l'effort qu'elle était en train de faire.
L'espoir et l'inquiétude allaient certainement se mélanger à mes rêves cette nuit là.
Au petit matin, je m'enquérissais de prendre de ses nouvelles auprès de Joahn.
La nuit s'était bien passée. La forme était là ! Le coup de mou était certainement dû à la canicule.
Il parti en voiture dès huit heures trente récupérer Lucia au Puy de Sancy.
Mais ils restaient tous deux bien présents à l'esprit, et suite à notre dernière sympathique discussion avec Johan qui m'en appris un peu plus sur leur histoire, une graine était semée.
Je voulu en savoir plus sur cette passion que tous deux avaient pour l'Audax, c'est alors que je tombais sur le site internet. euraudaxbelgium.com expliquait la discipline et le trophée suprême de la discipline : L'aigle d'or.
L’aigle d’or est obtenu après réussite de 4 brevets de 25 km, 3 brevets de 50 km, 2 brevets de 75 km, 10 brevets de 100 km, 2 brevets de 125 km et 2 brevets de 150 km.
L'aigle d'or representait 1800 kilomètres de marche, j'étais à présent renseigné ! Du moins, je le pensais...
C'est alors que je vis sur le même site un bouton, donnant accès au palmarès Euraudax 2025, listant les lauréats avec les aigles d'or cumulés pour chaque licencié. Ben voyons, pourquoi ne pas les collectionner, simple formalité !
A la section Euraudax Belgique, je vis le nom de Lucia, elle cumulait 33 aigles d'or et était encore à ce jour la recordwoman de la discipline ! (...Ce que ces deux cachottiers avaient pris soin d'omettre).
Comme par réflexe, je pris ma calculatrice tant l'affaire semblait irréelle. Ses exploits représentaient au total 59400 kilomètres de marche !
Assurément, avoir fait un tour du monde ne lui suffisait pas, elle en terminait un second...
Le mercredi suivant, je reçu les photos de Lucia et de Johan prises lors de cette aventure, ils ne savaient pas ce que j'avais appris et qu'ils avaient omis de me dire.
La fierté que tous deux se refusaient, c'était à présent Creusoé qui la ressentait. La fierté d'avoir reçu des personnes si humbles et chaleureuses ne défiant pas les autres de leurs exploits mais seulement elles-mêmes.
