Fenêtres ouvertes
Assis dans le salon, les fenêtres ouvertes, alors que je poursuivais la lecture de mon roman, j'entendis se rapprocher un bruit de roulement à billes mélangé à un frottement de roues sur l'asphalte.
A mesure que ce son grandissait , telle une table de mixage, il tirait progressivement mon imaginaire plongé de l'histoire contée par mon auteur vers des souvenirs plus personnels m'emmenant 50 années plus tôt, où encore enfant, je faisais du skateboard dans les rues de Paris.
Quel était ce bruit? La mode de la planche à roulettes avait elle gagné Creusoé ?
Impossible. Depuis bien longtemps, cette activité juvénile avait disparu pour être remplacée tour à tour et finir par être supplantée par celle des écrans, ouvrant grand ouvert les fenêtres des adolescents vers un monde de "stories" confinant nos chérubins dans une désolante sédentarité.
Alors que le bruit atteignait son pic, je vis passer à travers la fenêtre une petite tête blonde. Le nouvel occupant du gîte Robinson faisant acte de résistance envers le piège du "tout Internet".
Il débordait de vie, patinant joyeusement avec sa trottinette, suivi de son frère sur son skate board. Ils redonnaient vie à ces lieux, si longtemps délaissés, ainsi qu'à mes souvenirs bien enfouis.
Demain, nos deux jeunes aventuriers repartiraient avec leur parents et laisseraient derrière eux ce son si particulier passant à travers les fenêtres ouvertes sur ce souvenir d'enfance alors que tous deux continueraient à s'ouvrir sur le monde et leur vie qui leur tendait les bras.
