Treize ans
Depuis 2005, ce lieu qui était à présent devenu "Creusoé" avait essuyé refus sur refus et attendu patiemment huit années avant de jeter son dévolu sur celui qui serait assez fou pour l'aimer.
Hiver après hiver, saison après saison, ses tuiles avaient été emportées, les bois des huisseries travaillés, ses mûrs avaient subit les assauts de la végétation environnante et le lierre allait bientôt avoir raison d'elle à un point tel qu'on allait bientôt qualifier de ruines cet endroit si unique.
Les rigoureux hivers avaient éclaté vitres, portes, fenêtres et les torrides étés avaient fait le reste en sculptant chatières et souricières dans les failles de l'ensemble.
Seules les courses poursuites entre félins et rongeurs se disputaient encore les lieux sous le regard d'un quelconque renard qui attendait patiemment de remporter la mise.
Ce corps de ferme dressé par ces légendaires maçons creusois plus de deux siècles auparavant allait-il sombrer en moins d'une décennie ?
Treize ans étaient déjà passés depuis le jour où je m'étais mis en quête de la maison qui me choisirait quelques mois plus tard.
Treize années, c'était exactement l'âge de Milo, notre nouveau jeune vacancier, qui, à peine descendu de la voiture avec sa maman m'annonça tout net, qu'il aimait la campagne, être au calme tout en m'avançant fièrement ses origines creusoises de Saint-Yrieix-La-Montagne et retapait une maison dans le coin pour y venir goûter la campagne, mais pour l'heure, un bon fondu creusois au restaurant en compagnie de sa maman.
Alors qu'ils dinaient tous deux au Lissier, pouvaient-t-ils imaginer qu'au même instant, c'était moi qui me régalait en écrivant ces mots?
Ce jeune homme me procurait tant de plaisir et d'espoir à imaginer qu'en treize années, de très belles choses pouvaient pousser.
Bientôt, ce jeune aventurier allait avoir son Creusoé à lui, et une autre maison celui qu'elle a choisi.
